In Amguel 15 Juin 1964: Topaze

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Le coq Gaulois se rebiffe 123gifs054.gif
                                                    -Photo du Tan Affela  de J-Claude Morin
   Le 15 Juin nous partîmes de très bonne heure, vers 5 heures du matin si mes souvenirs sont exacts , Le lieutenant, commandant notre équipe du BIA (bureau d'information aéronautque), l'Adjudant-chef, le Sergent L...... et moi-même à bord de la jeep du service . Il y avait une trentaine de kms pour rejoindre l'endroit où se trouvait l'héliport près d'Oasis 2 . Oasis 1 avait été abandonné , vaguement enterré et clos à la suite le l'échec de Beryl et de la contamination environnante qui s'en était suivie. Notre jeune lieutenant avait déjà participé à trois expériences nucléaires et n'était pas très chaud pour cette nouvelle fois , Il conduisait à tombeau ouvert comme d'habitude, près de lui l'adjudant-chef s'accrochait au pare-brise, à l'arrière le sergent L... et moi-même faisions ce que nous pouvions pour ne pas être éjectés, de temps à autre dans les virages serrés quand les pneus crissaient trop fort l'adjudant-chef adressait un regard désapprobateur au lieutenant suivi de oh! oh! plus ou moins appuyés . Il faut vous dire que malgré l'espace désertique disponible la route était souvent tortueuse, elle se faufilait à travers des rochers de toutes tailles, l'équivalent d'une charmante route normande de mon enfance sans la végétation et les grands poiriers, le ruban de bitume avait été déroulé à l'endoit le plus propice. Nous passâmes devant divers centres de décontamination fait de grandes tentes et de stations de lavage pour tous types de véhicules avec de grandes rampes d'arrosage sous pression, il y avait aussi des douches pour les hommes nous expliqua le lieutenant . Nous arrivâmes à trois kms du Tan Affela près d'Oasis 2 où se trouvait l'endroit servant d'héliport ; là nous héritâmes d'une tente garnie  d'une table, de chaises et d'un compteur Geiger posé dans le sable près de la table pour mesurer la radioactivité à venir me dit-on .copy-tan-4.jpg 

   La bombe atomique répondant au jolie nom de Topaze de 50 kt explosa dans le milieu de la matinée sans faire de bruit, profondément enfouie dans la montagne au fond d'un trou taillé en colimaçon fermé par des sacs de sable, une galerie horizontale de plusieurs centaines de métres fermée par du béton reliait le tout à l'exterieur. Contrairement au tir Beryl qui avait fait sauté le couvercle en béton de la galerie tout se passa normalement, l'explosion resta confinée mais une ou plusieurs cheminées laissèrent échapper des substances radioactives, sinon comment mesurer les effets de la bombe? Après l'explosion nous ressentîmes un petit tremblement de terre puis la poussière couvrant la montagne s'éleva lentement, formant bientôt  un dôme arrondi aux extrèmités . Pour terminer, une traînée horizontale s'étira longuement sur la gauche du sommet du Tan-Affela   et se dispersa dans l'atmosphère, poussée par le vent, vers la Lybie, dirent certains .Les hélicos commençèrent leur rotation , en tenue de protection blanche les équipages allaient recolter leur moisson d'échantillons puis ils revenaient vers nous en soulevant des nuages de sable.Il nous fallait aller vers eux à reculons, le sable nous fouettait le visage,  les bras, les jambes. Les appareils et les hommes étaient examinés dès qu'ils se posaient . Au début ils n'étaient pas ou peu contaminés puis le temps passant  les rejets devinrent sans doute plus conséquents, l'aiguille de nôtre compteur Geiger posé près de la table bourdonnait, imperceptiblement elle gravissait  les graduations de son cadran et allait inexorablement vers la zone dite dangereuse de celui-ci.

   Nous n'avions pas encore revêtu nos combinaisons retardant toujours l'échéance, la mission vue la chaleur sous la tente et à l'exterieur paraissait impossible, j'avais même essayé mon masque à gaz et l'avais vite retiré: autant mourir lentement de la contamination, qu'être étouffé immédiatement par la chaleur sous un masque à gaz et une combinaison à capuche. Le plus terrible dans l'instant c'était la soif, nous n'avions rien bu depuis 5 heures du matin  et l'après-midi était largement entamé, quelques équipages allant à la base faire le plein ne ramenèrent pas d'eau malgré notre demande; manger on avait oublié, ce n'était pas prévu, mais ne pas boire  à cette époque là, au Sahara c'était terrible . La langue devenait encombrante et séche dans la bouche , les yeux étaient rougis par le sable , les lévres saignaient. Le voyage du matin en jeep, fouetté par l'air sec du Hoggar avait déjà été une épreuve desséchante, l'air, chargé de sable, brassé par les hélicos et le soleil de plomb avait achevé de nous déshydrater  et maintenant tout ça devenait terrible, surtout quand vous n'avez rien à faire: avec le sergent L...nous étions pratiquement surnuméraires .   sahara-009.jpg                                                               

  En regardant  grimper l'aiguille du compteur mon moral fléchissait, les hélicos et leurs équipages partaient les uns après les autres à la décontamination,l'avenir me paraissait incertain, j'avais le sentiment d'avoir vécu une expérience que peu de personnes verraient dans leur vie, heureusement pour eux, mais maintenant je voulais partir loin de cette atmosphère contaminée, de cette combinaison et de ce masque étouffants et vite prendre une douche , Soudain vers 16 heures le sergent L.... fit irruption brusquement sous la tente et me cria " viens on n'a rien à foutre ici, j'ai vu le lieutenant et j'ai trouvé une jeep, on s'en va " . Je jetais un dernier regard  au compteur qui frôlait la zone à risques et sortis en courant, la jeep était là qui nous offrait ses sièges, nous nous précipitâmes. Le voyage du retour fut plus calme , nous réduisions l'allure devant les centres de décontamination où on lavait et relavait à grandes eaux, les véhicules et les hommes, les laveurs s'activaient au Karcher ( le terme m'était inconnu à l'époque) où le long des rampes de lavage, ils étaient entièrement vêtus de cirés et masqués, l'eau coulait à flots sur cette terre qui en manquait tant, ils lavaient jusqu'au moment où les véhicules, les hélicos et les hommes ne rayonnaient plus ou beaucoup moins.

   Nous avons pu voir, lors de notre retour une grosse activité sur les diverses stations de décontamination, celle-ci existait donc , elle sortait par une ou plusieurs cheminées au sommet de la montagne . Officiellement seuls 4 tirs n'auraient pas été contenus, les autres dont celui auquel j'ai assisté l'auraient été, alors pourquoi ce compteur Geiger qui commençait à s'affoler près de la table? Pourquoi ces hélicos et ces hommes auscultés avec une sorte de râteau branché sur un compteur et qu'on disait bon pour la décontamination ? Et pourquoi tous ses morts de cancers  chez ceux qui ont participé aux essais sahariens ou polynésiens ?  Après Beryl où la plaque obstruant le tunnel avait sauté, laissant échapper une forte contamination qui  provoqua une panique chez les apprentis sorciers et les 2 ministres présents avec la fuite rapide de ceux-ci , un des ministres mouru d'une leucémie dans les 10 ans qui suivirent ,l'autre fut totalement transfusé au Val de Grace, beaucoup de témoins, plus anonymes décédèrent dans les années suivantes de cancers ou maladies du sang, Oasis 1 fut bétonné et enterré, interdit d'approche, malgré cela les autochtones démunis après le départ des Français, récupèrent de la ferraille et diverses choses notamment pour la confection d'objets de la vie courante ou d'art vendus aux touristes, diffusant ainsi les maladies par contamination . La terre saharienne d'In Ecker , de Reggane et des  environs est polluée pour 25 000 ans, ces endroits n'étaient pas vides d'hommes  et de vie (Voir en tapant In Amguel sur Google les différents témoignages)

 ph931-in-eker.jpg  Nous arrivâmes à la base-vie vers 17 heures nous n'avions ni bu ni mangé depuis 5 heures du matin et il était 17 heures , je bus donc mais pas trop pour ne pas attraper la dysenterie, puis fonçais vers le bâtiments douches et toilettes pour enfin me "décontaminer" à mon tour , ce que personne ne m'avait demander de faire, mais la journée avait été épuisante et le sable radioactif ou pas, mes vêtements et mon corps en étaient couverts. Heureusement là-bas vu notre maigreur et la sécheresse extrême, il était quasi impossible de suer: la sueur était instantanément évaporée par la chaleur ambiante, la peau restait séche.

  Comme tant d'autres Je n'ai ramené aucunes photos de ce jour, il était impossible de dissimuler nos gros appareils sous notre chemise ou dans notre short et les panneaux comme celui que vous voyez à gauche du texte étaient dissuasifs, néanmoins certains l'on fait, vous pouvez consulter tout ce qui concerne les essais français sur google en tapant In Amguel , il  y existe des forums d'anciens participants, avec beaucoup de photos et aussi quelques erreurs .Dans mes courriers j'y faisais peu allusion , on parlait  de lettres ouvertes par la censure, de fouilles à la descente d'avion au retour, je n'ai jamais eu aucun soucis de ce genre et n'en ai jamais entendu parler, ce n'était sans doute que des bruits infondés . Par contre, j'ai fait l'objet d'une enquête de police dans mon village , chez les voisins puis chez mes parents, ma mère a failli s'évanouir en voyant entrer les deux "pandores" dans son magasin, pensant que j'étais mort , A mon retour, je n'ai comme tous les autres jamais eu droit à un suivi médical, ni à aucun avantage particulier, mon adresse là-bas était soldat X secteur postal 89639 et c'était tout, le lieu était inconnu en France, sauf des services militaires. Les photos ci-dessous de la base-vie sont de Jean-Claude Morin , sur celle de gauche on aperçoit au loin le pic Lapperine ou bite à Camille; contrairement à Reggane qui fut construit en dur, In Amguel était fait de préfabriqués au confort plus que sommaire .  Certains appelés y passèrent plus d'un an sans avoir été volontaires pour y aller .                                              

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